Quarante heures à bord d’un radeau de survie Les trois naufragés, secourus jeudi soir au large de Bélep, ont passé une quarantaine d’heures à bord d’un radeau de secours. Leur calvaire devrait prendre fin dès aujourd’hui. Tous trois doivent rallier leurs ports d’attache respectifs par la voie des airs.
C’est pieds nus que John, Josh et John se sont présentés à l’agence d’Aircalin, hier, vers 16h30, pour récupérer leurs précieux sésames, synonymes de retour au bercail. En fin d’après-midi, ils n’avaient toujours pas eu le temps de trouver un moment dans leur journée-marathon pour mettre la main sur une paire de chaussures. Un peu plus tôt dans la journée, les membres du CNC (Cercle nautique calédonien) ne leur en avaient pas vraiment tenu rigueur, au moment de passer à table, dans l’enceinte du club-house. C’est là qu’ils ont pu savourer leur premier vrai repas depuis mardi, à mille lieues du régime du docteur Bombard qu’ils ont failli devoir expérimenter.
Hier soir, donc, l’une des principales préoccupations de John Hill, 72 ans, était de trouver une paire de chaussures. Car c’est effectivement pieds nus que le septuagénaire, accompagné de son petit-fils et d’un ami, est arrivé sur le sol calédonien, après avoir passé une quarantaine d’heures à bord d’un canot de sauvetage, au large de Bélep.
Mardi soir, un peu avant minuit, tout s’est passé très vite à bord du Twilight, le voilier des trois marins parti de Port-Vila et qui devait rallier Brisbane.
Un demi-verre d’eau par jour« C’est Josh, mon petit-fils, qui tenait la barre lorsque la collision s’est produite, explique John Hill, le propriétaire néo-zélandais du voilier. Le choc a été tellement important que j’ai cru à une explosion. Lorsque je me suis réveillé, je n’avais pas les idées tellement en place, mais j’ai tout de suite vu des grosses vagues arriver sur le bateau. J’ai à peine eu le temps de prendre un pack de bouteilles d’eau douce et de sauter dans le canot de sauvetage avec Josh et John. »
La scène s’est déroulée en quelques instants, mardi, un peu avant minuit. Pour les trois naufragés, c’est le début de l’angoisse. « Tout s’est passé tellement vite que nous n’avons pas eu le temps de déclencher manuellement la balise de détresse », se remémore John. « Notre premier souci a d’abord été de savoir comment on pouvait nous localiser. Ensuite, on a regardé l’état de nos réserves d’eau et on s’est dit qu’il fallait boire l’équivalent d’un demi-verre d’eau par jour pour espérer tenir. »
À cause d’une carte anglaise de 1991…À ce moment-là, les perspectives ne semblent pas vraiment réjouissantes. Personne, à bord du canot de sauvetage, n’est en mesure de savoir si un signal de détresse s’est bel et bien déclenché. « On a su plus tard qu’avec la mise à l’eau du radeau de secours, la balise de détresse se mettait automatiquement en route », raconte John MacGuire. Et de quelle manière… Le signal de détresse est d’abord arrivé à Canberra, avant que l’Australie ne le répercute vers la Métropole, à Toulouse : c’est là que sont reçus les messages provenant du réseau de satellites Inmarsat, qui relaient les messages de détresse de type « ASN ». Toulouse a à son tour prévenu les îles Fidji, avant qu’enfin, le message ne parvienne au PC secours en mer de Nouméa.
Loin de ce cheminement satellitaire, les trois naufragés passent une nuit supplémentaire à bord du radeau. Jeudi, vers 17 heures, le salut arrive par la voie des airs : un Puma de l’armée de l’air hélitreuille les infortunés, les rapatrie à Koumac où l’appareil fait le plein avant de rallier Nouméa. Hier, avant de passer à table, John se disait « heureux d’être en vie, malheureux d’avoir perdu son bateau ». Un voilier venu s’échouer et s’abîmer sur le récif Pétrie, à environ 200 kilomètres au nord de Poum. « J’avais établi ma route sur la foi d’une carte anglaise de 1991, expliquait John. Ce récif n’y était pas répertorié. »